Mon mari a mis sa carrière en pause

(MARIE- INTRODUCTION)

Bienvenue sur Maman Bosse, le Podcast qui questionne les trajectoires professionnelles des mères. Je m’appelle Marie, j’ai créé cet espace de parole pour montrer la réalité de mon parcours et permettre à chacune de trouver sa façon de conjuguer travail et maternité. Toutes les deux semaines, je vous propose d’écouter les portraits authentiques de femmes ordinaires peu visibles et pourtant si nombreuses. Une fresque féminine à l’image de nos vies parfois dures parfois tendres, souvent riches et toujours intenses. 

Aujourd’hui, c’est l’histoire de Cornélia que je vous propose de découvrir. Cornélia est une femme qui vit sa vie personnelle et professionnelle comme une aventure. Cette femme allemande est arrivée en France pour ses études et au fil des opportunités et des rencontres, elle a fini par intégrer l’ENA, puis mener une carrière dans l’administration française. Elle a enchaîné les postes à responsabilités aux quatre coins de la France et elle embarqué avec elle ses trois filles et son mari dans cette folle aventure. Un mari qui a mis en pause sa carrière pour que Cornelia puisse accomplir la sienne. Je vous laisse écouter les aventures de Cornelia. 

 

Bonjour, bienvenue au micro de Maman Bosse. On va commencer tout de suite avec les présentations d’usage, est-ce que tu peux nous dire de qui tu es la maman et dans quoi tu bosses ? 

(CORNELIA)

Oui bien sûr Marie. Bonjour donc moi je suis la maman de trois filles. L’aînée, elle s’appelle Méline, elle a 15 ans, la 2e Sophie, elle a 14 ans. Et puis la petite dernière, qui vient d’avoir 10 ans, Maribelle. Je bosse avant tout comme cadre dirigeant dans le secteur public. Donc actuellement, je travaille pour la collectivité Le Havre Seine métropole, donc au Havre. Mais j’ai beaucoup changé, j’ai beaucoup parcouru la France, donc travaillé pour beaucoup de collectivités et avant aussi pour les administrations centrales. Et je bosse encore pour des entreprises mais plutôt aujourd’hui en side job, c’est-à-dire que je donne des conférences, je fais des coachings et je fais des formations aussi, en plus de mon job de cadre dirigeant. 

(MARIE)

Si on revient au début de ta carrière, comment tu as fait tes choix d’orientation, à quoi tu aspirais professionnellement au début de ton parcours professionnel ? 

(CORNELIA)

Très franchement, j’avais pas d’idée. Je suis originaire d’Allemagne et je suis arrivée en France pour faire des études, pour étudier l’arabe. Je suis allée jusqu’à un deug en arabe et j’étais très étonnée qu’en France on pose aux jeunes la question : “mais c’est quoi ton projet professionnel ?” 

Moi, j’avais connu en Allemagne seulement des gens qui avaient choisi leur projet professionnel comme des voies un peu vocationnelles. 

En Allemagne, on s’oriente un peu au fur et à mesure et jusqu’à très tard, même dans les études supérieures. Donc moi je voulais surtout vivre une aventure dans la vie d’étudiante et plus tard aussi dans la vie, dans la vie du travail et donc j’avais pas vraiment d’orientation, donc j’ai beaucoup sauté sur les occasions qui se prêtaient à moi.

Et j’avais beaucoup le goût justement, de l’aventure et de la découverte. Et je pense que ça m’a pas mal aidée parce que dès qu’il y avait une porte qui s’ouvrait, je rentrais dedans, j’allais voir ce que ça donnait.

(MARIE)

Et alors justement quelle porte s’est ouverte, qu’est-ce que tu as fait comme études et quels ont été tes premiers emplois ?

(CORNELIA)

D’abord un deug d’arabe et je me rends compte qu’en France, bah il faut quand même avoir un projet professionnel et je n’en avais toujours pas. Mais je savais que je voulais pas faire de la recherche, pas de l’enseignement et pas devenir traductrice non plus. Donc là avec des études de langues, je voyais surtout que ça me fermerait les portes. 

Et puis je me suis renseignée et je me suis inscrite dans une petite école de gestion et de commerce et ça en apprentissage donc j’ai tout de suite été dans la vie de l’entreprise. 

Derrière, je me suis rendu compte que j’avais un Bac+4 et que ça, ça pose problème en France, pas en Allemagne. 

Donc j’ai fait un bac + 5 à la Sorbonne, je suis donc retournée à l’université en commerce international. Mon stage de fin d’études était en même temps tout de suite en CDI et donc j’ai bossé dans une boîte, comme consultante et très vite aussi à l’international. Notamment en Allemagne mais aussi en Grande-Bretagne. J’ai travaillé un peu moins de 2 ans dans cette boîte, je me suis beaucoup éclatée. Et là aussi après j’ai… je dis toujours – ça paraît un peu prétentieux, mais c’était quand même ça un peu l’état d’esprit – j’ai fait un peu l’ENA par hasard parce que je me suis lancée là aussi, un peu par goût de l’aventure dans les épreuves de sélection réservés aux Allemands à l’époque. 

Les Allemands, c’est le cas maintenant, mais à l’époque en tant qu’Allemands, on ne pouvait pas faire les concours qui sont réservés aux nationaux français. Ca durait un an toute cette phase de sélection. Pendant cette année, j’ai continué à travailler et quand j’ai su que j’étais admise à l’ENA, j’ai dit ciao ciao à mon employeur, qui n’a rien compris et je me suis lancée dans 2 années d’études. En plus j’étais aussi bien payée qu’avant parce que j’avais une bourse allemande qui faisait mon salaire, que je touchais en France et là aussi, c’était plus “wait and see”. C’était : ”bon, je verrai bien ce que j’en fais”. Et donc après ça aussi, je me suis un peu retrouvée par hasard dans les ministères. Un mois avant la sortie de l’ENA, c’était pas complètement sûr que j’aille dans les administrations publiques, cette voie n’était pas automatique, pas prévue et je me posais quand même la question soit de retourner dans mon ancienne boîte soit de découvrir une autre boîte. Là aussi, au hasard des rencontres, des propositions que j’ai eues voilà, je me suis retrouvée au ministère de l’écologie. 

(MARIE)

Et à cette époque, toi, sur le plan plus personnel, tu en étais où ? Est-ce que tu as toujours eu envie de fonder une famille ? Est-ce que c’était déjà un sujet ? Est-ce que tu te questionnais par exemple sur le rapport travail et maternité ? 

(CORNELIA)

Alors j’ai toujours été certaine que j’allais avoir des enfants et en même temps je pensais que j’étais vraiment pas douée pour. Mais ça me semblait une évidence. Je voyais que les autres étaient heureux en étant des mamans et… ou des papas d’ailleurs, mais en même temps, c’était pour moi aussi une chose qu’il fallait faire dans la vie. Il fallait vivre cette aventure aussi. 

Au moment où j’ai terminé mes années de l’ENA, juste avant la fin, j’ai rencontré mon mari d’aujourd’hui. Très vite on s’est mariés, on a très vite senti que ça se passerait bien entre nous. Ça a matché sur toute la ligne et très vite très logiquement, mais sans qu’on discute profondément, juste après le mariage je suis tout de suite tombée enceinte et là aussi c’était une aventure. Je pense que dans ma tête, c’était clair que je voulais avoir au moins 3 enfants. 

Je viens moi-même d’une famille nombreuse donc on est 4 enfants. Et en plus souvent il y avait même des enfants qui restaient chez nous une année ou deux, qui étaient plus ou moins placés chez nous. Il faut savoir aussi que ma mère était femme au foyer, ce qui est beaucoup le cas en Allemagne et le modèle “maman bosse” n’existait pas dans mon enfance. 

(MARIE)

Et alors ? À l’arrivée de ce premier enfant, tu te projetais comment dans l’équilibre vie pro / vie perso ? Est-ce que c’est un sujet auquel t’avais réfléchi ou est-ce que tu t’es laissé porter ? 

(CORNELIA) 

Oui, là aussi, je me suis dit “je suis capable de tout mener de front, je verrai bien”. 

C’était une sorte de défi aussi, puisque je voyais que c’était plutôt considéré comme la normalité en France, même si c’était considéré comme un défi aussi. J’appréhendais un petit peu mais j’avais des preuves à faire aussi parce que ce qui m’avait choquée dès le début de ma première grossesse : ma mère et ma sœur avec lesquelles je suis – toutes les deux – encore aujourd’hui très proche, elles ne le concevaient pas. Quand j’ai dit je suis enceinte, les 2 m’ont dit :”ah d’accord… donc, toutes tes études tu les as faites pour rien” et j’étais très étonnée de cette réaction. Derrière tout cela, c’était pour elle pas imaginable que je puisse faire un job à responsabilité alors que j’allais avoir des enfants. Il fallait faire un choix. Et elles avaient presque imaginé sans le dire que je ferais le choix de ne pas avoir d’enfants puisque j’allais faire carrière. 

Et donc là j’avais vraiment un truc à leur prouver.

 

(MARIE) 

Et donc tu as continué tes postes dans le ministère à l’arrivée de ce premier enfant. Il s’est passé quoi ensuite ? 

(CORNELIA) 

Il s’est passé que, effectivement, c’était pas évident. J’avais quand même un mari très très présent et autant investi dans la paternité que moi dans la maternité. 

Je dois même dire, je pense que… il avait un peu plus plus rapidement l’instinct paternel pour la première, que moi l’instinct maternel. J’avais un peu du mal à m’y installer, c’était très intellectualisé et pas… j’avais pas tout de suite le bon feeling. Mais ça s’est rattrapé très vite. D’ailleurs, je suis très vite retombée enceinte. Dès la 1ère j’ai pris un 80% mais très vite aussi, mon mari a aussi pris un 80% et pour la 2e après c’est lui qui est resté sur les 80% et moi je suis retournée à 100%.

Même si c’est dans les ministères, il faut pas croire qu’on fait que 35 h, en tout cas dans les jobs à responsabilité – et c’est encore pire aujourd’hui dans les collectivités on fait des journées de dingue.

(MARIE)

Et alors, cette question justement, de prendre un congé parental, d’abord toi, puis lui, c’est quelque chose dont vous aviez discuté avant, comment ça s’est mis en place ? 

(CORNELIA)

En fait, c’était très, très pragmatique. Lui dans sa tête, ça n’a jamais été : “je veux devenir papa au foyer” ou plus investi que les autres, ça lui paraissait normal de faire sa part. 

Moi, j’ai rien demandé particulièrement. On s’est posé la question : ”qui pourra passer un peu plus de temps avec l’enfant ? Comment on fait pour que notre vie et la vie de l’enfant ne deviennent pas juste un enfer d’organisation, de logistique ?”

Quand on a commencé notre carrière, on était à peu près à salaire équivalent, mais très vite on voyait que mon salaire allait être un peu plus important. C’était une réflexion qu’on peut qualifier de carriériste : c’est-à-dire qui peut faire plus de carrière que l’autre ?

Et de se dire dans ce cas-là, matériellement pour la famille, on a plus d’intérêt à laisser faire carrière la femme que l’homme. Donc c’était vraiment pragmatique, il y avait pas de réflexion sur le fait “mais ça devrait être l’homme” ou “ça devrait être la femme”, c’était pas ça. 

(MARIE)

Et alors tu nous l’as dit en introduction, tu as sillonné quand même la France au gré de ta carrière ces dernières années ? Alors à quel moment justement tu as quitté Paris et pour quelles raisons ? Est-ce que c’était plutôt un choix personnel ou un choix guidé pour des raisons professionnelles ? 

(CORNELIA)

J’avais déjà changé une fois de ministère, je commençais à m’ennuyer, surtout sur le dernier poste. C’était un poste très administratif. On était très dans les dossiers, même si c’était à haut niveau.J’avais pas vraiment de charge managériale, j’avais une toute petite équipe de 2 cadres et une assistante qui était très sympa. Mais humainement, il n’y avait pas de challenge managérial. J’avais vraiment l’impression de ne pas, de ne rien changer à la vie des gens. 

Et puis il y avait la vie parisienne pour la famille qui devenait franchement très très dure avec le 2ème enfant : se loger dans un espace convenable… On ne vient pas de familles avec beaucoup de capital, ni mon mari ni moi, donc même si surtout moi je commençais à avoir un salaire correct, ça reste très difficile hein la vie parisienne pour se loger.

Donc toutes ces questions matérielles et organisationnelles et la présence auprès des enfants… donc la vie parisienne devenait compliquée. Donc moi, j’étais ouverte à toute proposition pour partir. 

Et un jour, mon CV a circulé et je me retrouve avec un coup de fil de Michel Delebarre qui a été 7 fois ministre en France, donc ministre d’État, et qui à l’époque était président de la Communauté Urbaine de Dunkerque. 

Il m’a proposé un job à responsabilité dont je n’avais aucune idée à quoi ça pourrait ressembler. Je ne connaissais rien aux collectivités territoriales. 

Et en plus là, c’était sur les relations internationales en première ligne. Avec mon mari on est allés se faire un week-end à Dunkerque pour vérifier que c’est pas aussi horrible que tout le monde nous l’a raconté. 

On trouvait ça plutôt sympa, on se disait chouette, y a la mer et on va avoir une maison, un jardin… 

Moi, pour le poste, j’avais aucune idée de si ça allait me plaire. Mais c’était l’aventure et ça nous tentait. On disait à tout le monde “non non, on est pas punis, on a vraiment envie de le faire”. Et là aussi, donc mon mari quitte son CDI pour me suivre avec aucune garantie qu’il puisse retrouver un job à Dunkerque. 

 

(MARIE) 

Justement, le fait que que lui quitte son emploi pour te suivre est-ce que ça a été un sujet compliqué à gérer ? Peut-être 1) dans votre couple et 2) par rapport peut-être à l’environnement ? Est-ce que ça a étonné des gens autour de vous par exemple ?

(CORNELIA)

Oui, dans notre entourage, oui, ça a très clairement étonné les gens. Ça a étonné ses parents les premiers, qui viennent d’un milieu plutôt ouvrier, pour lesquels c’était très rassurant de savoir leur fils dans un job à responsabilité et bien payé aussi. Ils n’ont pas tout de suite compris. En plus à l’époque on était en 2009, il y avait pas tant de gens que ça qui quittaient Paris. On le voit un peu plus aujourd’hui. Et puis là aussi, y compris dans l’entourage directement de mon mari, au niveau des amis qui avaient son âge, la petite trentaine, il y en avait plein qui avaient dit que quitter un emploi pour suivre leur femme, ça leur poserait un problème, y compris en termes de… de valorisation, d’estime de soi. Et j’ai même entendu ça plus tard aussi sur les différences de salaire : ne pas avoir de salaire alors que la femme en a un c’était inconcevable. C’est inconcevable pour la plupart des amis qui nous entourent. J’ai même entendu dire un ami proche que ça serait concevable pour l’homme de gagner moins que la femme.

 

(MARIE)

A quel moment est arrivé votre 3e enfant ? Et du coup, professionnellement, toi tu en étais où et ton mari, lui quel était un peu son projet ? 

(CORNELIA) 

A Dunkerque au bout d’un an, il a retrouvé un travail. D’ailleurs dans la même structure que moi, mais on était très éloignés, il n’avait aucune chance de se retrouver en réunion avec moi comme chef. Donc pendant un an, il a installé surtout notre petite famille. Nos filles – nos ainées – étaient très petites. Quand on est arrivés l’aînée, elle venait d’avoir 3 ans. La seconde elle a un an et demi d’écart. Elle n’allait même pas à la maternelle. De toute façon il faut oublier dans ces cas-là d’avoir une place en crèche donc il fallait trouver quand même aussi un petit peu une nounou, pour que mon mari ne fasse pas que les enfants et recherche aussi un job. Au bout de 2 ans et demi à Dunkerque – on est restés 4 ans en tout – je me suis dit “les enfants commencent à grandir quand même”. Elles étaient toutes les 2 à l’école, c’était plus des bébés et je me suis dit si on fait pas un 3e enfant maintenant, on le fera plus parce qu’il y aura trop d’écart. 

J’étais très contente d’avoir mes 2 premières très rapprochées, et mon mari n’était pas très convaincu de la nécessité d’avoir un un 3e enfant. 

Alors je lui ai fait une promesse que je n’ai jamais tenue. On s’est connus en faisant de la plongée sous-marine à Marseille, et après tous les ans on se faisait des voyages de plongée sous-marine et je lui ai dit, avec le 3e enfant, je te promets quand même que tu pourras partir au moins une fois par an faire de la plongée sous-marine, même si c’est sans moi. Ca s’est pas du tout passé comme ça, donc c’est une promesse que je n’ai jamais tenue ! Et donc on a fait le 3e enfant. Donc ça, c’était la dernière année à Dunkerque. Et quand elle avait un an, on a encore bougé.

 

(MARIE) 

Et alors vous avez bougé pour quelle raison ? C’est toi, c’est ta carrière une nouvelle fois, qui a guidé ce déménagement ? Qu’est-ce qui s’est passé dans ta vie professionnelle ? 

(CORNELIA)

Bah j’étais arrivée à une fin de cycle à Dunkerque. Il y avait beaucoup de choses qui m’avaient éclatée dans le poste – dans les postes, parce que j’avais fait plusieurs postes dans la même collectivité. Je suis arrivée pour m’occuper des relations internationales, des partenariats avec d’autres territoires, de la coopération. Très vite, j’ai fait de lourds chantiers RH aussi.

Ensuite, j’ai fait l’intérim d’une énorme direction avec 700 personnes de ce qu’on appelle les services techniques, ce qui est pas du tout mon point fort, mais c’était très intéressant. Mais pour autant je voyais aussi pas mal de dysfonctionnements, comme dans toutes les collectivités, certains trucs que je trouvais carrément absurdes. Et donc je me posais beaucoup de questions et je me suis dit “il faut que je fasse le tour de la question, il faut que j’aille voir ailleurs quand même comment ça se passe.” Et bon très vite, après on se met, on fait savoir un peu dans les cabinets de recrutement qu’on est dispo. 

Très vite, j’ai trouvé un poste dans un conseil départemental, la Loire, et là tout de suite je me retrouve aussi sur un nouveau poste et – c’est ça qui était l’intérêt – qui était totalement inconnu pour moi. Sur des sujets que je n’avais jamais faits, sur des sujets plus du tout opérationnels, mais très stratosphériques, mais derrière aussi quand même avec un grand volet de transposition d’un projet stratégique en application managériale. Et donc c’était un tout nouveau challenge. Et là, je passais donc de 700… de 700 collaborateurs auparavant, à 2. Parce que j’avais vocation à intervenir de façon transversale sur tous les pans de la collectivité.

(MARIE)

Et alors sur le plan personnel, quel était le projet familial ? J’imagine que ton mari t’a suivie, est-ce que là aussi il a démarré une recherche d’emploi ? Il a cherché à reprendre une activité professionnelle suite à ce nouveau déménagement ? 

(CORNELIA)

Quand on est partis à Dunkerque, on n’y avait même pas réfléchi avec les 3 enfants. 

On se disait “on va se laisser le temps de réfléchir”. 

On a bénéficié donc du chômage, parce que quand on suit son conjoint, on est éligible au chômage. 

L’idée, c’était aussi de se laisser un peu le temps pour accompagner les enfants, avec les 3, et de réfléchir aussi “qu’est-ce qu’il veut faire derrière” : est-ce qu’il voulait rester salarié ? Ou peut-être complètement faire une pause plus longue, ou réfléchir à une activité indépendante. Bah dès qu’on est arrivés, donc à Saint-Etienne, bah très vite il a été happé par la vie familiale, pas très disponible franchement pour rechercher un emploi là aussi avec le déménagement, pour trouver la nounou, pour trouver les écoles. 3 enfants, c’est du boulot. 

Et dans un environnement où on connaît personne, on a pas de tante, on n’a pas de grands-parents pour le week-end et moi je commençais à avoir des des horaires, là vraiment démentiels. Il m’est arrivé, alors pas 20 fois, en 2 ans – on est restés 2 ans seulement – mais il m’est arrivé quelques fois de quitter le boulot à 2h du matin.

Je commençais à faire quelques déplacements importants encore beaucoup plus après dans la 3e collectivité plus tard. 

Résultat, j’avais des horaires complètement imprévisibles. Je pouvais jamais dire “Bah ce jour-là je je vais pouvoir vraiment rentrer à 19h”, ce qui aurait été extrêmement tôt ; donc vraiment très peu disponible pour les enfants et d’ailleurs c’est là que je me suis rendu compte que, alors qu’avec les 2 aînées j’étais très présente, notamment le soir pour leur parler en allemand parce que sinon elles allaient pas devenir bilingues. 

Et ma petite dernière, j’ai eu un choc un peu plus tard quand elle avait 3-4 ans et commençait à devoir communiquer avec ses cousins et cousines en Allemagne. 

En fait, elle parlait pas l’allemand, donc j’ai dû rattraper cela un peu plus tard en me réorganisant.  

Quand on arrivait en fin des droits de chômage, bah on savait qu’il ne reprendrait pas un travail. 

Ca fait quand même un choc, sur les revenus de la famille, du jour au lendemain, de vivre avec un seul salaire, mais c’était le prix à payer pour avoir une qualité de vie de famille, et une tranquillité d’esprit, qui étaient importantes pour tout le monde, pour moi, pour faire carrière justement ; pour lui aussi, pour ne pas devenir fou à gérer tout le reste plus un job et surtout aussi pour que les enfants restent sereins malgré mes grosses absences et malgré tous ces déménagements surtout. Ils ont vécu, nos enfants, ou encore aujourd’hui, comme des expatriés, comme des enfants d’expats, qui bougent tout le temps. 

(MARIE)

Toi, est-ce que tu penses que du coup, sans ce choix de vie, cette décision de ton mari de ne pas reprendre un emploi et d’être près de votre famille, sans ça, ta carrière aurait été différente ?

(CORNELIA)

Ah oui ah oui, très clairement, très clairement, je connais personne dans mon entourage, des gens qui font les mêmes jobs, qui ont autant bougé autant que moi dans ces fonctions-là. J’aurais pu rester dans d’autres jobs mais je me serais… Franchement, j’aurais eu beaucoup moins de bonheur au travail parce que au bout d’un moment, quand il y avait un truc qui me convenait plus, moi, j’avais toujours besoin de bouger et c’est ma force, ça me donne aussi une une différenciation par rapport à d’autres profils. Quand on est dans un entretien et que des recruteurs demandent “mais comment vous faites pour votre mari ou vos enfants ?” Et quand je dis “mais y a aucun problème ça suit”, c’est quand même vachement rassurant. J’aurais pu le dire aussi s’il avait pris une activité d’indépendant. 

Mais là aussi, quand on change tous les 3 ans en moyenne chez moi, à chaque fois, on est quand même tellement happé par la prise de poste – la première année, c’est toujours énorme. Donc là aussi pouvoir assurer les employeurs du fait qu’on va vraiment être super disponible, super engagés, c’est quelque chose… mais c’est surtout pour moi aussi parce que sinon j’aurais pas été sereine. 

(MARIE) 

Pendant tout ce temps, est-ce que tes filles du coup elles ont porté un regard sur cette situation, comment elles ont réagi ? Est-ce que pour elle c’était parfaitement normal ou alors est-ce que, je sais pas, elles se sont rendu compte que elles, c’était leur papa qui était à la sortie de l’école et que finalement ils étaient pas si nombreux que ça. Est-ce qu’elles ont eu des remarques sur ça, ou est-ce que finalement, c’était complètement naturel ?

(CORNELIA)

Alors oui, il y avait des trucs drôles. Je me souviens justement à Saint-Etienne où elles étaient quand même encore petites, où je me suis pointée à une réunion de parents d’élèves et on m’a dit “non, c’est pas pour vous Madame, c’est que pour les mamans et les papas”. Pareil pour les spectacles : j’étais la grande inconnue. Beaucoup de gens pensaient que mon mari était père célibataire, d’ailleurs, il a dit qu’il avait un succès fou hein, quand on a moins de 40 ans, en plus après, il s’était remis au sport, mais toujours avec la poussette, et toujours sur les aires de jeux, et il a dit “on a un pouvoir d’attraction en tant qu’homme qui est pas inintéressant”. Donc on se marrait beaucoup de ce fait-là. 

Pour les filles, ça a été… bah c’était doublement anormal, en plus. Elles avaient une maman qui travaille, mais ce qu’elles trouvaient presque encore plus différent aussi, c’est qu’elles avaient une maman qui a un accent, donc tout était différent. Maman n’est pas normale et ça, c’est notre normalité. Voilà donc pour les filles, ça, ça a été assez normal. Elles ont toujours pris ça comme une aventure. On a toujours réussi à leur dire “chouette, on va encore découvrir un autre truc”. 

Moi, personnellement, j’ai toujours pris ça comme des voyages. Je prends encore aujourd’hui ma vie aussi en France, comme un voyage. 

(MARIE) 

Après Saint-Etienne, il y a eu encore un autre déménagement. Vous êtes partis à Pau, est-ce que tu peux nous raconter cette étape-là et ce qui s’est passé, toi sur le plan pro et aussi pour la vie de famille ? 

(CORNELIA)

Voilà justement au bout de 2 ans, à Saint-Etienne, job hyper passionnant. J’ai adoré. Très très très très intense. Le DG m’annonce qu’il part et je savais tout de suite que ce projet de transformation que lui il avait mis en place on pourrait pas aller plus loin et donc c’était évident qu’il fallait que je parte aussi. 

On s’est même posé à un moment donné la question, si je partais avec lui. Très vite après, j’ai eu la la proposition pour venir à Pau et je me suis dit “Bah c’est super. Il y a plein de trucs à découvrir”. Et, petit truc quand même familial : à Pau il y avait à l’époque une toute petite école Waldorf Steiner. C’est des écoles alternatives, que je résume toujours avec une pédagogie qui allie bienveillance à l’excellence. Moi j’ai fait l’école Steiner de la maternelle jusqu’au bac. Donc nous, quand on a vu qu’il y avait une école Steiner, mon mari – qui est vraiment cool – a dit “une école Steiner ? Bon ça coûte, hein !” parce qu’il y a aucun financement public donc c’est que les parents qui financent le truc. Et donc à l’époque je pense qu’on était à 350€ par mois et par enfant, et c’était pas un budget qu’on avait prévu, surtout au moment où on venait de ne même plus avoir le chômage de mon mari, hein. 

Et donc on s’est dit “Bah on a un tout petit peu de capital de côté”, d’autres s’achètent une voiture, nous on s’achète quelques années de scolarité dans l’école de nos rêves pour nos enfants. Et peut-être on partira pas en vacances. Et donc pour moi, Pau c’était la garantie qu’elles puissent aller à une petite école Steiner. En plus le job était génial et donc ça nous posait aucun problème d’aller à Pau. Et puis l’aventure là aussi de découvrir : aller à Pau, quand on l’a dit à ses proches, c’est différent de leur dire “on va à Dunkerque !” C’était un peu plus facile.

(MARIE)

Donc ton mari s’est investi au sein de… de cette école, comment s’est passée pour lui l’arrivée à Pau ? 

(CORNELIA)

Comme toujours : on découvre. L’école Steiner, il connaissait un peu parce que moi je lui racontais, et dans mon entourage, en Allemagne, tout le monde avait fait une école de ce type. 

Il n’en savait pas plus que ça et quand il a découvert comment ça se passait vraiment pour nos enfants à l’école Steiner, il était émerveillé. Mais bon, comme c’était une toute petite structure associative, elle était très très très très fragile. Il fallait notamment retrouver les instances de gouvernance de l’association, dans les règles de l’art, avec les autres membres de l’association tout le monde lui a dit “si, si tu peux le faire et tu vas voir, on va faire tout le job à ta place”. Il se voyait pas du tout là-dedans et bah finalement ça lui a fait un job à mi-temps quand même, non rémunéré, du bénévolat mais il en était très heureux. Il a porté le bébé à bout de bras avec tous les autres, une école comme ça, ça ne vit que par les familles fondatrices. 

(MARIE)

Et alors maintenant, toi, tu en es où sur le plan professionnel ? Après Pau, il s’est passé quoi, t’en es où aujourd’hui, et c’est quoi tes projets pour l’avenir ? 

(CORNELIA)

Depuis Pau, j’ai encore changé de collectivité, je suis arrivée ici au Havre depuis un peu plus d’un an maintenant, donc en pleine crise COVID en septembre 2020. Donc encore un gros déménagement. Changement d’école, un nouveau job pour moi toujours très très très très passionnant. Depuis – donc ça, c’est très récent – mon mari a commencé depuis quelques mois une activité indépendante qu’il peut faire depuis le domicile. Ça démarre, mais il faut dire aussi maintenant avec la petite dernière qui a 10 ans, ça demande plus la même présence. On peut même de temps en temps la laisser 1h toute seule à la maison, ça commence. 

En plus, on a la 2e qui est partie pour un an en Allemagne à 14 ans, faire une année de scolarité Steiner, encore, en Allemagne, comme ces écoles existent dans toutes les villes. Elle est partie chez ma sœur, les derniers mois, maintenant, elle va habiter chez une amie et en partie aussi chez ma mère. 

Et l’aînée, elle avait déjà fait ça aussi. Elle était partie à moins de 13 ans, à 12 ans et demi, elle était partie pour un semestre complet. Mais ça montrait aussi – c’était à sa demande, et c’est la demande de la 2e aussi – cette volonté de dire “Bah oui, mais même quand on est très jeune, on peut faire quelques mois, quelques longs mois sans nos parents”. Ça montre aussi que quand elles partent à l’étranger, elles ont envie de le faire. Elles vivent leurs aventures. J’avais un peu peur qu’avec beaucoup de changements d’environnement et tous les déménagements, ça les rende un peu renfermées sur elles pour se protéger, ça les rende un peu casanières, mais pas du tout. Je les sens très aventurières et je suis très heureuse de cela. Alors mon rêve absolu, ça serait d’aller faire le job que je fais en développant un peu plus aussi les activités que je fais en side job, dont je sens qu’elles pourraient un jour m’occuper aussi à temps complet. Mais j’aime bien pour l’instant, le mélange entre “pratiquer dans le concret” et “transmettre et partager avec d’autres”. Ça, ça me va bien. Je pense que, à terme, je me mettrais bien aussi en indépendante. Et si ça pouvait nous rapprocher d’une ville où il y a des écoles Steiner… Donc c’est aujourd’hui dans les projets, dans les réflexions avec mon mari et sans pour autant qu’on puisse y donner aujourd’hui un horizon temporel. 

(MARIE)

Est-ce que toi tu as déjà ressenti, ou est-ce qu’on t’a déjà fait sentir, une forme de culpabilité au fait d’avoir fait passer ta carrière avant ta famille ? Ou alors est-ce que finalement, pour toi, tu n’as pas fait passer ta carrière avant ta famille ? Est-ce que t’as senti un jugement, parfois, sur ce choix-là, ou est-ce que toi tu l’as ressenti personnellement ?

Ou est-ce que tu as survolé ce sujet-là sans jamais y penser ? 

(CORNELIA)

Non mais pour moi, c’était… Je pense que je suis quand même un peu influencée par le truc en Allemagne, où confier son enfant à une crèche ou à une nounou, c’est vraiment mal vu et donc on considère en Allemagne que si on fait des gosses pour finalement les confier à d’autres, c’est pas la peine. Ce qui fait que, aujourd’hui dans les faits, il faut quand même dire que : les femmes, même celles qui pourraient faire une carrière, il y en a beaucoup quand même qui font le choix “carrière ou enfants”, et je connais pas mal de femmes de carrière en Allemagne qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfants. Ou alors que c’est quand même les femmes qui se mettent à temps partiel. Et moi je suis encore très influencée par ce truc-là de se dire “Il faut garder aussi de la disponibilité avec les enfants”. Alors je suis d’accord avec le fait que le temps qualitatif prime sur le temps quantitatif, pour autant, s’il n’y a plus aucun temps c’est pas possible. Mais par contre pour moi – d’autant plus que je suis très en harmonie avec mon homme – j’ai l’impression que le temps que lui est avec eux, c’est un peu moi qui suis aussi avec les enfants. Et par contre, il y avait régulièrement des phases où moi je me suis tout simplement dit “Bon, maintenant il faut que je prenne quand même aussi le temps d’être un peu présente, et que je me déconnecte les week-ends”. C’est pour ça, peut-être aussi qu’on a beaucoup pris l’habitude – et ça c’était super – on essaie beaucoup les week-ends de faire des sorties, d’aller dans la nature, de faire des marches, de faire des trucs en famille… Et pour retrouver ce temps de présence et être, dans ces cas-là, “vraiment là” : non, pas de culpabilité. 

J’ai pu avoir des remarques de ma famille aussi – avec laquelle je m’entends super bien -, mais ça, c’est l’influence de la culture allemande, ma mère qui dit encore aujourd’hui : ”Oui, mais c’est malgré le fait que t’étais jamais là, t’étais quand même un peu toujours là, parce qu’i y avait quand même tout le temps ton empreinte à la maison”. Et c’était un peu le truc :  “malgré”. Et j’ai entendu aussi dire “Ah oui et pourtant tes filles sont devenues quelque chose”, comme si elles auraient pas pu devenir quelque chose puisqu’elles manquaient de maman quelque part. Il y a un truc que je me suis interdit jusqu’à maintenant : je me suis interdit de raisonner et dire : “on pourrait installer les filles et mon mari quelque part où il y a l’école qu’on veut pour elles, et moi je reste et on fait une relation de week-end, une vie familiale et moi je les rejoins seulement les week-ends. Jusqu’à maintenant, je me le suis interdit parce que je trouvais que les filles étaient trop petites pour ça, et là je commence à le considérer comme une option pour peut-être les 2 années à venir, j’en sais rien. Voilà, c’était hors de question jusqu’à maintenant.  

Et non, sinon absolument pas de regrets, d’autant plus que je vois que mes aînées – et c’était pas forcément le but recherché – mais je vois qu’elles sont fières de… pas fières de moi, elles sont fières de nous. Elles sont fières de leur papa, elles sont fières de moi et ça, c’est la plus grande preuve qu’on a bien fait. C’est génial ça. 

(MARIE)

Je te propose de passer aux 3 petites questions de conclusion dans ce podcast : est-ce que tu pourrais nous raconter ton pire moment dans ta vie de maman bosse ? 

(CORNELIA) 

Je dirais, il y en a 2. Il y a juste un que toutes les mamans bosse connaissent, et moi, c’est, c’est un moment que j’ai… Le truc on est tellement, tellement fatigué qu’on a plus le temps de s’occuper de son enfant, plus de se mettre à leur place, et on dit vraiment n’importe quoi, par colère, et elles me les racontent en rigolant aujourd’hui : les 2 dernières se disputaient, j’en pouvais plus, et elles étaient à moitié déshabillées, juste une partie du pyjama sur elles, il pleuvait des cordes dehors et je leur ai crié dessus et je leur ai dit mais je vais vous mettre comme vous êtes Je vais vous mettre sous la pluie et Je vais vous donner pendant une heure des gifles, des baffes. Et dans un premier temps, elles se sont mises à pleurer, elles trouvaient ça horrible. Alors que je les ai jamais baffées, en plus. Cette brutalité de le faire à poil, sous la pluie, dans le noir. Et… et après tout le monde s’est mis à rigoler et je me suis juste rendu compte à quel point j’étais vraiment à bout, que j’avais plus aucune énergie pour penser encore raisonnablement, mon mari s’est pas mal foutu de ma gueule aussi. 

Et par contre, quelque chose où j’ai eu plus mal au ventre, c’était la maman bosse et qui est seule responsable du côté existentiel et matériel de la famille. Il y a eu notamment un moment dans ma vie professionnelle où je me disais :”il faut que je me protège, je risque d’être virée. Les contrats sur lesquels je suis, ce sont des contrats où on peut me virer sans faute et dans ces cas-là je suis virable sous 2 mois et je perds… je me retrouve au chomdu, pas de revenus de mon mari et non seulement je me retrouve au chomdu, je perds la maison – parce que c’est toujours les logements de fonction – et je perds la voiture. Et ça j’avais pas calculé aussi quand on a pris la décision de vivre sur un seul salaire, je m’imaginais pas dans ces situations-là et je me suis dit : “mais, qu’est-ce que je fais ? ” 

Et dans ces moments-là, le stress, il est tel, qu’on est incapable de voir, des… des perspectives, de… là aussi, de raisonner raisonnablement. Et ça, ça a été assez structurant aussi pour le fait de se dire : “il faut quand même, même juste pour notre sérénité psychologique, qu’on essaie de se donner… moi aussi, de développer des side jobs, et mon mari de repenser à reprendre une activité indépendante, Mais ça, c’est vraiment le côté matériel de la maman qui bosse et qui est la seule à bosser. Bah, mon mari bosse aussi, hein, mais c’est pas rémunéré ! 

(MARIE)

Et alors, à l’inverse, si je te demande ton meilleur moment dans ta vie de maman bosse, à quoi tu penses ? 

(CORNELIA) 

Tous ! J’ai toujours trouvé ça éclatant de pouvoir avoir une carrière où je compte pas mes heures, où je fais des trucs géniales, où j’ai des collègues géniaux, de savoir que j’ai des gosses, que je suis très, très… Je suis folle-dingue, de mes enfants, que je peux les ramener au bureau : encore récemment, là avec la classe… avec les classes fermées… C’est ça les bons moments. Les bons moments aussi quand on arrive, maman qui bosse et ça nous permet, parce que j’ai un bon job quand même aussi, d’aller découvrir des territoires qui sont géniales et donc pouvoir… quelque part, mes enfants font partie aussi de ma vie professionnelle, autant que mon mari vivent au rythme de ma vie professionnelle, et c’est une belle vie. C’est une belle aventure. 

(MARIE)

Toute dernière question : si tu devais donner un conseil à la jeune femme que tu étais en début de carrière, ce serait quoi ? 

(CORNELIA) 

J’ai pris ma vie comme une grande exploration. J’ai… j’ai tenté des voies, je sais pas quel conseil je me donnerais, sauf… Re-tenter les choses. Mais quand même d’être plus vigilante à cette question homme / femme : c’est très récent que je me suis fait cette réflexion-là parce que j’ai toujours considéré que j’ai eu autant de chances que les hommes dans ma carrière. Mais j’ai vu des trucs quand même sur la façon dont on parle aux femmes, la façon dont on blague des femmes. Je pense qu’il faut être plus attentif à cela et moins accepter les choses. Je pense que moi en début de carrière, j’ai beaucoup accepté encore des blagues sexistes, des observations sexistes. Il faut devenir plus dur, et plus intolérant par rapport à ces choses-là, 

 

(MARIE – CONCLUSION)

Merci beaucoup pour ton témoignage, Cornelia. 

 

J’espère que l’histoire de Cornélia vous a plu. En France, en 2021, les hommes représentent moins de 1% des personnes en congé parental. Alors évidemment, face à ce chiffre, le parcours de Cornélia fait figure d’exception. Et pourtant, elle nous montre que l’on peut allier détermination et ambition professionnelles avec une sérénité maternelle et familiale. A travers ce témoignage, j’avais à cœur de montrer que toutes les trajectoires sont possibles et je souhaite à chacune d’être en paix avec la sienne.

Si vous avez envie de prolonger la conversation, je vous invite à me retrouver sur Instagram sur le compte mamanbosse-lepodcast, je vous dis à très vite pour un nouvel épisode et d’ici là… Maman bosse ! 

Des hommes qui mettent leur vie professionnelle en pause à la naissance de leurs enfants vous en connaissez beaucoup ?

Moi j’en connais au moins un : le mari de Cornelia. 

Cornelia est une femme qui vit sa vie, personnelle et professionnelle comme une aventure. Cette femme allemande est arrivée en France pour ses études. Au fil des opportunités et des rencontres, elle a fini par intégrer l’ENA puis mener une carrière dans l’administration Française. Elle a enchaînée les postes à responsabilité aux quatre coins de la France et elle a embarqué avec elle  ses trois filles et son mari dans cette folle aventure. Un mari qui a mis en pause sa carrière pour que Cornelia puisse accomplir la sienne. Un choix de vie familial, pragmatique et assumé… une histoire et un parcours atypique.

Le conseil de Cornelia

« Prendre sa vie comme une grande exploration, tenter des voies.« 

Ton pire moment dans ta vie de Maman Bosse

« Etre seule responsable du côté matériel de la famille, c’est une vraie pression. Y’a eu un moment compliqué dans ma vie professionnelle et je n’avais pas calculé ça quand on a pris la décision de vivre sur un seul salaire, je ne m’imaginais pas dans ces situations là. Dans ces moments là le stress est tel qu’on est incapable de voir de perspectives.
Ca a été assez structurant, même pour notre sérénité psychologique, qu’on essaie de développer des side job et mon mari de repenser à reprendre une activité. C’est difficile le côté matériel de la maman qui bosse et qui est la seule à bosser. »

Ton meilleur moment de ta vie de Maman Bosse

« Quelque part, mes enfants font partie aussi de ma vie professionnelle et autant que mon mari vivent au rythme de ma vie professionnelle. Et c’est une belle vie. C’est une belle aventure. »

Références de l’épisode

 

Pour contacter Cornelia : son site web 

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