Faire de son congé parental une opportunité

(MARIE)
Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet que j’avais envie de traiter depuis longtemps : celui de la pause professionnelle. Être une maman bosse, c’est parfois faire le choix de ne pas bosser, justement, de mettre sa carrière entre parenthèses quelques mois ou quelques années pour se consacrer à ses enfants.
Mais notre société en général et le monde du travail en particulier, n’est pas tendre avec ces femmes lorsqu’elles souhaitent reprendre une activité et revenir dans le marché du travail.
C’est exactement l’histoire d’Irene qui, riche de son propre vécu, de ses doutes et de ses questionnements, a mis à profit son congé parental pour s’emparer du sujet et lancer une initiative incroyable pour faire bouger les lignes. Elle a voulu montrer que l’on peut valoriser professionnellement les compétences développées dans notre parentalité. Je vous laisse découvrir le parcours inspirant Irène.

Bonjour Irene, bienvenue à mon micro, je suis ravie de t’accueillir. Aujourd’hui, on va commencer avec les présentations, est ce que tu peux nous dire de qui tu es la maman et dans quoi tu bosses ?

(IRENE)
Bonjour, alors je suis l’heureuse maman de Alvise qui aura bientôt 5 ans, et de Agnese qui aura bientôt 3 ans. Donc 2 enfants. Vous avez compris avec l’accent, nous sommes une famille italienne et actuellement je suis responsable communication et partenariats pour la certification CLES, qui est la certification de compétences en langues de l’enseignement supérieur. Je travaille donc en gros pour le Ministère de l’enseignement supérieur mais localisé à Grenoble.

(MARIE)
Très bien. Si on revient quelques années en arrière, toi, est ce que tu peux nous parler du début de ta vie professionnelle, du début de ta carrière ? Quel est le premier métier que tu as exercé par exemple ?

(IRENE)
Alors j’ai été pendant plusieurs années à la communication d’un grand groupe multinational basé à Paris, donc je suis arrivée comme cheffe de projet puis chargée de communication. Et puis j’étais la responsable adjointe de l’équipe qui s’occupait de communication Corporate, communication interne pour toute la partie internationale.
Donc j’étais basée à Paris, j’avais aussi une vie associative très importante à à l’époque, c’est un peu le stéréotype de la working girl ou du jeune cadre dynamique. Je passais donc déjà beaucoup de temps au travail et en soirée aussi. Je sortais tard et puis j’allais souvent directement en after work ou à des apéros. J’étais très impliquée dans plusieurs associations et donc j’étais souvent l’organisatrice même de ces moments d’échanges entre jeunes professionnels. Le réseau d’anciens d’école, etc. Donc j’avais une vie très dense est bien remplie. Facilité aussi du fait que mon mari était déjà basé à Grenoble. On a été pendant des années un couple TGV, ce qui me laissait toute la liberté le soir de vivre un peu ma vie professionnelle et associative à 300 à l’heure. Et après, je le rejoignais le week-end à Grenoble ou l’inverse. Voilà, c’était une vie de célibataire même en étant en couple.

(MARIE)
Est-ce que tu as toujours eu envie d’avoir des enfants, comment tu te projettais dans ce sujet carrière et maternité, comment comment tu l’envisageais ?

(IRENE)
Oui, j’ai toujours souhaité avoir des enfants et j’ai toujours su qu’ils auraient la première place. Dans mes choix, sur le plan professionnel ou personnel, à tel point que, au tout début de de mes études j’avais envisagé de travailler dans la diplomatie. Je voulais être diplomate, donc c’est d’ailleurs dans ça que j’avais commencé mes études au début en Italie et après à Sciences-Po, à Paris et j’ai changé d’avis entre autre – je dis bien entre autres – mais c’était une bonne partie de du choix, c’était que j’avais compris que les diplomates allaient devoir changer de pays tous les 4 ans et je ne me sentais pas imposer à mes enfants une telle vie. J’avais rencontré pas mal de collègues et enfin pas collègues, mais on on faisait des études ensemble et c’était des gens qui avaient grandi 3 années dans un pays, 4 dans un pays, une vie complètement sans racine et ils en avaient soufferts. Ce n’était pas ça que j’imaginais pour mes enfants et j’étais loin de ça , même pas en couple. Mais je savais que je voulais avoir déjà du temps pour mes enfants. Et une vie de famille qui ne soit pas quelque chose de ce type-là. Et j’ai eu des enfants, entre guillemets relativement tard, alors bah pas tant que ça, mais mon premier est arrivé j’’avais entre 36 et 37 ans et je me suis toujours dit je sais pas comment dire, attendu si longtemps pour avoir un enfant pour le voir élever par quelqu’un d’autre. Donc je voulais vraiment profiter d’eux. Et ça, c’était toujours, j’ai toujours su ça, oui.

(MARIE)

Et alors, justement, quand ce premier enfant est arrivé, toi, professionnellement, tu envisageais ça, comment ? Donc tu l’as dit avec ton mari vous étiez éloignés géographiquement, donc quel était le le projet ou comment tu te projettais sur l’arrivée de cet enfant ? Comment ça s’est passé ?

(IRENE)
Ah, merci pour cette question maintenant, effectivement ça fait un peu rigoler parce que figure-toi, on avait même imaginé de continuer notre vie entre les 2 villes avec un bébé donc. C’est à dire que j’aurai peut être, alors c’était un des scénarios, c’est que j’ai fait donc je suis allé à Grenoble pour le congé maternité, mais au début le congé  devait être le congé maternité entre guillemets standard alors j’avais déjà de la chance parce que mon employeur était plutôt généreux. J’aurais eu le droit de rester jusqu’au 9 mois de mon enfant et donc on avait dit bah très bien on prend le congé mat’ et puis tu vas revenir à Paris avec le bébé, on va prendre quelqu’un pour t’aider, tu vas prendre le train le vendredi avec le bébé. On avait imaginé des choses comme ça mais bon c’était quand j’étais enceinte en fait. Et puis quand le bébé est arrivé on a vu les choses différemment et donc j’ai rejoint comme on avait prévu mon mari pour le congé maternité à Grenoble. Donc je me suis retrouvée donc mon fils, Alvise est né en février 2017, et donc en mars 2017, mon bébé avait 35 jours, je me suis retrouvée dans une ville que je ne connaissais pas plus que ça, avec une vie qui donc je suis passé de working girl avec une vie associative plein d’engagements et de sorties à maman au foyer avec un bébé de quelques semaines, sans réseau ni familial ni amical sur place, c’était un changement personnel assez difficile et j’avais pas prévu plus loin que ça. 

C’est à dire que certes, j’avais entendu parler de congé parental. J’envisageais peut être de le prendre et c’est que j’ai fait finalement. C’est à dire qu’à la fin de de ce congé maternité, j’ai posé un congé parental, mais je n’ai pas pris les 3 ans tout d’un coup, je voulais voir comment ça allait évoluer, donc j’ai pris quelques mois et puis-je les renouvelait au fur et à mesure et là-dedans est venu se greffer une activité donc associative grenobloise mais je vais t’en parler un peu plus tard. Mais voilà, sur le coup j’avais pas envisagé d’un coup les 3 ans de congé parental pour mon premier et fini j’ai pris le congé parental pour mon premier. Et je suis retombée enceinte pendant ce congé parental de ma 2e, donc mes enfants ont 22 mois d’écart. Donc ce qui fait que je n’ai jamais repris le travail salarié que j’avais quand je suis partie en congé maternité jusqu’à la l’activité que j’ai maintenant. Enfin, j’ai repris le travail quand la 2e avait bientôt 2 ans.

(MARIE)
Et est ce que toi dans ta carrière, tu avais des exemples de collègues autour de toi qui étaient dans cette recherche d’équilibre vie pro vie perso, des modèles qui ont pu t’inspirer un peu ?

(IRENE)
Oui, alors je pense à mon tout premier chef au tout début de ma carrière et donc il m’a donné accès à son agenda. Et puis je regarde dans son agenda, il y avait des plages bloquées. C’était un papa, je voyais les photos, alors je n’osais pas trop demander sa vie privée, mais je voyais des photos de ses enfants sur son bureau . Il avait 2 enfants. Et il bloquait des plages dans son agenda et un jour, on était tous les deux derrière son écran pour travailler sur un projet et je vois qu’en fait, c’était des plages pour aller chercher ses enfants à l’école, pour les accompagner à l’école et donc il avait marqué pour son assistante “Ne rien prendre”, “ ne rien prendre” et ça m’avait beaucoup marqué. Et puis il y a une autre maman, collègue, avec des enfants très grands déjà, il venait de se diplômer quand j’ai annoncé ma grossesse. Et puis elle me dit, Ah “Profite de tes enfants, moi j’ai un seul regret dans la vie, alors j’ai une belle carrière et mes enfants ils sont diplômés, sont partis, et cetera. Et moi j’ai un seul regret, je les ai pas vu grandir.”

Et elle aussi, elle ne sait pas à quel point elle m’a inspiré avec cette phrase parce que je me suis dit que non, moi je ne voulais pas me retrouver à me rendre compte que je les ai pas vu grandir.

(MARIE)
Toi, est ce que tu l’avais envisagé à un moment de finalement prendre un congé parental long et de faire une interruption professionnelle comme ça de plusieurs années ? Ou est ce que ça s’est fait petit à petit ? Est ce que à un moment tu as envie de reprendre un travail salarié sur Grenoble ? 

(IRENE)
Alors je n’avais pas du tout envisagé les choses comme ça, mais j’ai laissé un peu les choses venir mais c’est quelque chose qui m’interrogeait beaucoup. Je me souviens au tout début de de ma carrière, j’avais rencontré une femme. Une maman beaucoup plus âgée et qui venait de prendre un congé parental de 3 ans pour accueillir son enfant. Elle avait adopté un enfant et je me souviens déjà, à l’époque, ça m’avait frappé parce que y’ avait eu beaucoup de commentaires, sur son dos, des commentaires désagréables.
Dire que j’avais déjà un peu perçu cette histoire du monde de l’entreprise, le monde du travail et là parentalité disons alors ça c’est en train de changer et heureusement, historiquement ne font pas bon ménage en fait.
Elle avait été un peu critiquée pour ça et entre guillemets pas placardisée, on va pas dire ça, mais bon, elle était pas revenue à son poste d’avant, elle avait tout simplement fait des choix différents quoi. Son témoignage, le fait d’avoir côtoyé une personne qui avait osé prendre un congé parental m’avait ouvert cette possibilité en quelque sorte.
J’étais pas au courant que ça pouvait se faire. J’ai vu que, comment dire, entre guillemets, la terre entière n’a pas arrêtée de tourner parce qu’elle était absente du travail pendant si longtemps ? L’entreprise avait bien continué et l’équipe aussi. Mais c’est comment dire ? Avant de partir en congé maternité, j’étais tellement concentré sur mon travail, ma trajectoire professionnelle et tout que je disais oulala… En plus j’avais une petite équipe, j’étais la responsable adjointe et ça comptait beaucoup pour moi. C’est en fait, le travail fait aussi partie de nos identités, on s’identifie au travail. En soirée, c’est peut être la 2e chose qu’on demande après comment tu t’appelles, c’est tu fais quoi dans la vie ? Et ça, ça fait un peu mal de dire je suis femme au foyer, c’est pas très valorisant.
Tout ça commençait déjà à m’interroger avant, et puis donc je me suis retrouvée dans la situation.
Et puis j’ai commencé à sortir d’un des lieux de parentalité ici à Grenoble et je rencontrais d’autres femmes, un peu dans ma situation qui se posaient la même question dans ces lieux de parentalité. J’étais entourée par des profils professionnels incroyables autour de moi. Je me souviens, un jour, j’avais une maman qui était chef de projet dans l’énergie, dans les énergies renouvelables, une autre qui était responsable de relations internationales à Paris et qui venait d’arriver ici, une autre qui, travaille à Londres, elle était DRH dans le secteur bancaire, des psychologues enfin plein de profils comme ça, et on se retrouvait toutes dans des ludothèque pour jouer avec nos enfants et en parallèle on discutait. On se posait cette dichotomie travail maternité, on avait envie d’être avec nos enfants, mais on n’avait pas non plus envie dans 2, 3 ou 4 ans de se retrouver coupées du marché du travail entre guillemets, parce que si on reste dans plusieurs secteurs, si on reste sans travailler, c’est… C’est vraiment, je sais que je le dit dit, parce que je je l’ai vécu. J’étais entre guillemets, maman au foyer pendant 4 ans ou quelque chose par là.
Mais on va dire si on reste en dehors du marché du travail pendant longtemps, c’est très difficile d’y re-rentrer. C’est quasiment assimilé à du chômage de longue durée, c’est très difficile à valoriser ce ton et puis aussi dans comment dire pour une histoire de d’employabilité, mais aussi pour l’estime de soi.
On est indispensable pour nos enfants mais on n’est pas indispensable pour son employeur parce qu’on est remplacé à vitesse grand V. Mais comment dire pour l’estime de soi, pour donner un sens à à à sa vie… Moi en tous les cas, et c’était partagé avec les mamans que j’avais autour de moi, on était pas comblées. Et une chose qui m’avait aussi vraiment frappé et qui avait aussi fait un déclic, c’est une maman qui me dit, j’étais architecte, tu vois elle a utilisée le passé. C’est en fait comme si son l’arrivée de son enfant, lui avait retiré ses diplômes, lui avait retiré son expérience professionnelle préalable et en fait, elle envisageait pas du tout revenir à son emploi d’avant parce que un architecte à mi-temps ça existe pas et elle voulait absolument reprendre quelque chose a mi-temps pour avoir le temps de voir grandir son enfant. C’est très, c’est violent, En tout cas ça m’a travaillé pendant pendant plusieurs mois.

(MARIE)
De toutes ses rencontres et ses réflexions et ses échanges avec ces autres mamans et puis aussi issues évidemment de ta propre expérience. Qu’est ce qui s’est passé ? Quel était le projet qui est né de ces rencontres ?

(IRENE)
C’était pas un vrai projet au début. Les choses se sont faites un peu naturellement. On a commencé à créer un petit groupe, j’’ai créé un petit groupe Whattsapp. Au début, c’était juste de l’entraide et du partage. On partage la même ma vie et on avait les mêmes besoins à ce moment-là. On avait toutes des enfants entre 0 et 3 ans et rien que d’être écouté enfin, c’était un groupe d’entraide dans lequel on pouvait partager les nuits sans sommeil, le choix des couches, les parfois, on cherchait du matériel de puériculture, parfois on cherchait un pédiatre. Cétait de l’entraide, des bons conseils, des bons tuyaux de voilà et de se rencontrer, par exemple, qui va à la ludothèque cet après-midi ? Ah oui, bah très bien. Voilà donc c’était au début, c’était juste ça.
Et puis petit à petit on avait envie de faire évoluer ça, de faire quelque chose d’autre, d’avoir de l’impact positif. Et puis, franchement, souvent, on aurait tellement aimé avoir un tableau Excel ou en PowerPoint à préparer ou à un rendez-vous entre adultes.
Tu vois quelque chose où on parlait pas que de couches, de pied main bouche, mais on sentait quelque chose qui manquait. Et puis on avait envie de faire avancer les choses, de faire évoluer cette vision de la parentalité dans la collectivité, dans l’entreprise, dans la société au un sens large.Donc nous avons commencé, quand on avait la chance de pouvoir se rencontrer à la cité des familles de la CAF de Grenoble, qui est un tiers-lieu, un lieu de rencontre dans lequel y a une ludothèque, un espace de rencontre parents enfants et puis une grande salle qui était en partie aménagée avec des grands tapis et des jeux pour faire jouer nos enfants et une partie dans laquelle nous pouvions organiser des rendez-vous entre guillemets de travail et donc on a commencé à imaginer ce collectif.
Un collectif de d’innovation sociale, de projets innovants. On imaginait et on mettait en place tout un ensemble des projets qui avait un impact positif sur la société et en premier lieu un impact positif sur les mamans qui s’engageaient, qui portaient ses projets. Dire que ça me faisait un bien fou d’avoir ces discussions un peu plus entre guillemets intellectuelle, de d’envisager quels étaient les besoins et et les limites auxquels on était confronté au quotidien et comment on pouvait le dépasser.
Et mettre nos compétences professionnelles de chacune, un service collectif pour faire avancer les choses. Et donc de cette aventure extraordinaire, on a démarré on n’avait rien du tout. On a pu impliquer la mairie de Grenoble qui nous a soutenus, qui nous a permis de concrétiser le projet de label bienvenue bébé, donc un projet de labellisation des lieux accueillants convenablement des parents, ou en tout cas des enfants de 0 à 3 ans et leurs et leurs accompagnants, que ce soit des parents, des grands-parents.
C’était vraiment quelque chose entre guillemets, de l’innovation frugale parce qu’on avait 0 budget, on mettait rien du tout, on était juste en valeur les endroits qui permettait par exemple d’alerter de qui là, il y avait une chaise haute, une table à langer. On a pu faire un partenariat, donc avec la Mairie de Grenoble, avec l’association de commerçants du centre du centre ville et on a fait avancer les choses pour avoir un meilleur accueil des jeunes enfants en ville, mais aussi ont témoigné au même temps du fait que des mamans qui ont choisi de s’occuper de leurs enfants à temps plein ne sont pas que des mamans. En fait, on n’est pas que maman ou professionnelle, on peut être les deux à la fois et déjà le fait d’aller rencontrer nos interlocuteurs à la mairie avec des poussettes, parfois allaiter pendant la réunion, c’était déjà un témoignage et ça a permis de faire bouger les choses donc. C’est un exemple de projet, mais il y en a un autre qui me tient aussi à coeur et qui est très représentatif.
C’est le Lab Work Like a Mum, donc travailler comme une maman. Ce projet s’est concrétisé par des conférences autour de la parentalité organisée dans des lieux de travail comme la chambre de commerce par exemple au sein de laquelle nous avons animé un atelier pour jeunes parents sur comment les compétences acquises et développées, avec la parentalité, peuvent être des leviers de performance professionnelle et pas un, entre guillemets, un handicap au travail.
Et nous avons parlé de travail dans des lieux de parentalité comme à la cité des familles de de la CAF par exemple, ou dans d’autres ludothèques ou on aurait regroupé des mamans dans des conférences dans lesquelles il pouvait y avoir des bébés qui jouaient à côté, les enfants étaient vraiment les bienvenus.
On organisait des tables rondes dans lequel il y avait toujours aussi des papas qui témoignait. Ça, c’est important parce que Work like a Man, c’est pas les mamans réservés maman, c’est de travailler comme une maman.
Donc en fait c’est se donner le temps pour les enfants ou se donner les moyens de travailler autrement pour faire changer les choses, en fait.
C’était une période très intéressante, très enrichissante dans laquelle donc les mamans qui faisait partie du projet, ça nous a soudés entre nous, ça a créé des liens d’amitié.
Et puis ça nous a permis à chacune de garder comment dire, entre guillemets, un pied dans le travail, de faire quelque chose qui était professionnel où professionnalisant.
Ça a permis à certains de développer certaines compétences, il y en a qui qui n’avait jamais fait de l’événementiel, il y en a qui avait jamais pris la parole en public, ça a permis de débloquer et de faire avancer et donc ç ça a enrichi déjà, chacune en tant que personne et puis il y a beaucoup de maman qui faisait partie de collectif à l’époque, qui ont retrouvé du travail fort aussi de cette expérience, de cette remise en jeu au sein du collectif. Elles ont pu valoriser ça, c’est vraiment moi ce que je trouve génial avec. On est parti juste avec notre envie de faire et de se rencontrer, de s’entraider et on a su créer autant de choses.

(MARIE)
À quel moment tu as eu envie de reprendre le chemin du travail entre guillemets, parce que donc on a bien compris que le projet dont tu viens de nous parler est une forme de travail évidemment, mais à quel moment tu as envie de retourner vers un emploi salarié et pourquoi ?

(IRENE)
Je n’étais pas prête encore à reprendre le le travail entre guillemets salarié. Alors faut dire, il y a le COVID qui est passé par là, je l’ai pas mentionné mais donc tout cet élan, ce collectif et tout, c’était génial. Mais bon, le COVID, ça a vraiment plombé la trajectoire de de ce collectif, donc de Superum le Lab et le fait de ne pas pouvoir nous rencontrer, sa donner un sacré coup à l’histoire t ça a remis en perspective plein de choses. Nous avions été accompagnés par un incubateur de projets, en entrepreneuriat social, et on cherchait justement un modèle économique pour pouvoir transformer ça en activité, disons, professionnelle principal, est pas juste associatif.
Puis donc le COVID, il y avait ça et je m’étais inscrite sur un site d’alerte, je recevais des mails des alertes d’emploi en communication sur Grenoble.
Alors déjà, il faut dire, il y en a pas des tonnes d’offres d’emploi pour mon profil, donc un profil un peu expérimenté ayant de l’expérience à l’international, les langues et cetera.
Il y en avait pas beaucoup, beaucoup. Et puis j’étais pas trop sûre, avec tout ce que j’avais crée en soutien à la parentalité, en entrepreneuriat social.
J’étais pas sûre de vouloir revenir salariée, mais bon, je jetais un oeil de temps en temps et puis et je vois passer une offre d’emploi qui était pas forcément de la communication donc on avait déjà abordé avec le Lab le sujet des transitions professionnelles et constaté que beaucoup de maman en fait profitent de cette pause imposée par la maternité par l’arrivée d’un enfant pour se remettre en question, se poser des questions et souvent pour aller vers une autre activité alors souvent à son propre compte pour pouvoir être flexible dans les horaires, et cetera.
Parce que il est vrai que, un autre sujet de dichotomie entre le monde du travail, notamment le travail salarié et parentalité et le manque de flexibilité.
Bon maintenant avec le COVID, le télétravail, toutes ces choses ont évoluées, mais disons que en général, on n’est pas trop maître de son temps quand on est salarié.
Je me posais plein de questions et je sais pas forcément prévu de retravailler. Et puis j’avais encore au moins une bonne année de congé parental possible parce que ma petite qui est née en décembre 2018 et donc m’avait ouvert les droits, enfin ouvert le porte à cette période, à cette zone de cette zone de non-droit de congé parental dans lequel on n’a pas droit de travailler ça, il faut le dire. C’est aussi quelque chose qui m’a beaucoup, enfin, qui n’a pas facilité la vie. Quand on prend un congé parental, par définition on n’a pas droit de travailler ni de rester en quelque soit en contact et en relation avec son précédent employeur. Des temps partiels envisageables ne pouvaient pas être à moins de 24h par semaine, et à l’époque, quand j’avais la petite, encore toute petite, je voulais pas enfin bref, je j’étais en pleine réflexion.
Et je vois passer l’annonce : donc la CAF de l’Isère cherchait la responsable de l’action parentalité, quelque chose comme ça, donc c’était le secteur public et pas le secteur privé.
C’était le soutien à la parentalité, le social, c’étaient des choses que je n’avais pas dans mon CV, mais dans mon CV officiel et il y avait un autre CV, un CV un peu officieux qui s’était mis en place depuis que j’avais arrêté, entre guillemets, le travail ,le travail salarié.
Je me dis, je me lance – donc j’ai construit une candidature pour ce poste là à l’aide du réseau, parce que l’entraide n’était pas que dans la parentalité, on s’entraidait aussi dans nos recherches d’emploi respectives. On se gardait mutuellement les enfants alors que l’autre avait un entretien de travail ou à l’entretien avec pôle emploi ou autre. Ca faisait partie du du jeu et donc à l’aide du collectif je prépare ma candidature.
C’était une sélection assez dure, il y avait des une journée de de test et puis des entretiens avec un cabinet de recrutement, c’était assez challengeant et ça m’avait fait peur. Mais en même temps j’avais le soutien de cet entourage. Et puis elles m’avaient un peu coachées et et je me dis j’y vais et puis qu’est-ce que j’ai à perdre ? Et j’en suis sortie deuxième. Il y avait beaucoup de candidats et pour moi, arrivé 2e, c’était vraiment une très belle réussite. La personne qui s’occupait de recrutement m’avait félicité et il m’avait dit, on était presque convaincu, après y’a quelqu’un qui avait plus le profil que vous voilà, mais le projet de reconversion professionnelle tenait bien la route. Et là je me suis dit, waouh donc je peux le faire. Je peux me remettre en jeu après tant d’années de non activité. Voilà, c’est ça qui m’a donné envie de me remettre un peu dans dans la recherche d’emploi mais sélective, c’est à dire que j’ai donné quand même priorité à ma fille qui était encore petite à l’époque, elle avait un an et demi à peu près et mais bon je vois passer une autre annonce, un poste qui m’a interrogé, c’est le poste que je couvre maintenant, mais qui n’était pas tout à fait libellé comme ça.
J’ai vu passer un poste de chargée de mission, quelque chose comme ça, chef de projet et je me dis bon, après avoir travaillé tant d’années après avoir été responsable adjointe d’une équipe à l’international, tu vas pas faire 3 pas en arrière, redevenir chef de projet.
Et puis bon, c’était un CDD et c’était encore lié par un contrat de CDI à Paris. C’était très mal rémunéré, c’était un peu bizarre, mais le contenu m’intéressait.
Donc je me dis, qu’est-ce que j’ai à perdre ? C’est des thématiques qu’on avait vraiment travaillé dans le Lab, l’empowerment, oser demander et s’affirmer professionnellement, le fait d’être une jeune maman, n’est pas un poids, mais c’est une opportunité… Et donc je contacte ces personnes, il y avait un contact dans la fiche de poste et je leur dis, ben écoutez-moi je suis intéressée, mais il y a plus de choses qui m’interpellent. Déjà, le contenu du poste m’intéresse mais c’est plus un poste de responsable, communication et partenariats qu’un poste de chef de projet là que vous proposez. Il y a quand même quelque chose qui ne va pas et puis je les ai convaincus du fait que c’était dans leur intérêt de reformuler les choses parce qu’ils auraient eu intérêt à avoir pour la certification CLES, donc la structure pour laquelle je travaille maintenant, avoir une vraie responsable communication pour les relations avec le monde socio-économique, parce que ça aurait été beaucoup plus valorisant et c’est passé. Et puis je dis, maintenant parlons salaire, parlons des horaires, parlons d’autres choses et on n’ose pas trop, surtout en France, parler de tout ça, alors le fait que j’avais eu une interruption de carrière avant ça les intéressait pas du tout. Ce qui est vraiment très appréciable parce que c’est pas souvent le cas.
Il y a une vidéo aussi qu’on a présenté souvent en conférence justement à ce sujet, c’est une maman qui recherche de l’emploi après avoir choisi de s’occuper de ses enfants pendant des longues années et donc on la voit confronté à plusieurs recruteurs et qui disent bah très bien, vos expériences sont bien, mais en fait vous avez fait quoi en dernier ? Oui, alors je me suis occupée de mes enfants et au suivant, Ah, j’ai géré un projet personnel. Ah bon, quel projet dans quelle entreprise, dans quelle association ? A bon, c’était ma famille, c’était mes enfants et donc elle perd courage, perd confiance en soi.
Et un jour elle voit une une jeune maman qui gère plein de choses à la fois, la poussette, le bébé, l’appel téléphonique. Et elle se dit moi aussi je fais ça en fait. J’ai développé tellement de compétences à m’occuper de mes enfants. Et donc elle voit les choses, change de vision sur elle. En fait il y a beaucoup fait il faut changer les choses, il faut changer la vision de la société sur la parentalité mais il faut d’abord changer la vision du monde sur nous-mêmes et sur notre rôle parce qu’on n’est pas que maman.
On peut professionnelle, on est les 2 et les 2 mondes s’inter nourrissent, enfin, se nourrissent mutuellement. Et donc il faut changer, chacun, changer sa propre perception de la chose, de sa trajectoire personnelle et professionnelle. Et puis il faut que la société au sens large change que les sociétés dont les entreprises, le monde du travail change, mais d’abord, autant que faire se peut changer sa vision sur soi-même.
Et donc voilà, j’ai donc, pour faire très court, négocier que mes années de d’ancienneté dans le secteur privé soit valorisée auprès de mon employeur actuel qui est l’université de Grenoble. Donc ils ont bien voulu accepter. Surtout, j’ai pu négocier de la flexibilité, un terme horaire. J’ai 2 jours de télétravail. Je ne travaille pas les mercredis et je peux aménager mes horaires d’arrivée et de sortie pour faire en sorte d’être à la sortie d’école. Alors soit moi soit mon mari, alors c’est pas tout le temps, toute la semaine sont pas pareilles. J’ai offert à mon tour de la flexibilité, c’est à dire qu’il y a des mercredis durant lesquels je dois travailler, qu’on s’arrange avec mon mari qui, heureusement est flexible aussi. On a organisé notre semaine, notre famille, de sorte que les enfants qui sont maintenant à moyenne et petite section mangent avec mois 3 fois par semaine. Ils sont à la cantine que 2 jours par semaine. Et ils font une seule garderie le soir par semaine, le reste, on arrive toujours soit moins sur mon mari, à aller les récupérer et c’est vraiment notre notre souhait de rester le plus possible présent dans la vie de nos enfants et de partager ce moment en famille. Voilà, j’ai osé le demander, mais c’est ça aussi faut parfois oser demander et je… Comment dire ? Au pire, il aurait refusé.

(MARIE)
Moi, je voulais qu’on creuse un sujet que tu as évoqué sur le fait que quand on est en congé parental, on ne peut pas travailler, c’est à dire que c’est soit l’un soit l’autre, soit on est salarié et on est dédié à son travail salarié, soit on est en congé parental et on est dédiée à sa sphère familiale. Comment tu l’as vécu et qu’est ce que tu aurais aimé par exemple ?

(IRENE)
C’est, c’est pas tout à fait correct, mais merci pour cette question. Donc le congé parental il existe de 2 types en France. J’avais beaucoup étudié la question alors sauf si la loi a changé entre-temps, mais je pense pas, donc le congé parental il existe à temps complet et à temps partiel. En temps partiel par contre on ne peut pas descendre plus bas de 60% je crois. En gros soit on retravaille à 80% et les 20% sont considérés du congé parental, soit on va travailler à 60% et les 40% sont considérés du congé parental de mémoire. C’est quelque chose comme ça veut dire qu’on peut effectivement reprendre du travail à temps partiel jusqu’au 3 ans de l’enfant. Et c’est entre guillemets garanti par la loi. Donc en France c’est comme ça et moi, quand je me suis retrouvée en congé parental à temps complet, alors j’avais pas le choix du congé parental à temps partiel parce que mon employeur était à Paris et mon foyer à Grenoble.
Donc, à plusieurs reprises, j’ai essayé, c’était avant le COVID, de les contacter. Je m’entendais bien avec le la RH et et l’équipe et dans laquelle j’aurais voulu travailler et reprendre le travail, et cetera. Mais c’était inenvisageable que par exemple, je monte à Paris un jour par semaine et que je télétravaille encore 2 ou 3 jours de de Grenoble.
Alors que je pense que peut être aujourd’hui avec le Covid, s’il y a une chose positive, c’est que c’est peut être devenu possible, donc dans certaines structures c’était pas le cas, donc que c’était papa.
Alors bien sûr pas au tout début de ce Big Bang qu’est la naissance d’un enfant, mais quand les choses étaient un peu mise en place quand j’ai pu en fait moi me dédier à tous ces projets d’entreprenariat social, de collectif, d’entraide, d’innovation sociale, et cetera, et cetera. Je le faisais avec mes enfants. Enfin, avec mon enfant, l’époque, j’en avais que un seul. Pendant qu’il dormait dans la poussette à côté de moi ou pendant que je faisais une promenade en poussette, j’ai passé des coups de fil et on pouvait avancer. En fait, je je, je me suis dit, ah tiens, j’ai un peu de temps qui se libère, ça me ferait plaisir de m’occuper dans ce temps à faire quelque chose de professionnel. Peut être j’aurais bien aimé travailler 1h par jour, 2h par jour et ça, c’était impossible. J’ai même contacté mon ancienne chef, j’ai essayé de mettre en place quelque chose. En fait, la loi l’interdit. On ne peut pas, ma chef n’aurait pas eu droit, par exemple, de me filer 2-3 dossiers par mois à traiter, qui était pas urgent, qui aurait pu se traiter à mon rythme et donc je me suis un peu renseigné et j’ai découvert des choses qui existent ailleurs. C’était un collectif avec de plein de nationalités. À un moment, nous étions 50 et nous représentions une quinzaine de nationalités différentes dans ce collectif et donc l’échange était très riche et donc j’ai découvert que, par exemple, le fameux 4/5e en Belgique, il est inversé, c’est à dire que le temps partiel du congé parental en Belgique, je connais plus précisément les conditions, mais il y a la possibilité de travailler un jour par semaine pendant son congé parental.
C’est à dire de rester en contact avec son équipe, garder une vie professionnelle à 1/5 son temps, ça permet de s’habiller, de se maquiller, de sortir, de se remettre, d’avoir des discussions adultes et le fait par exemple de rester en contact avec une équipe de travail un jour par semaine ou peut être 2 demi-journées par semaine et c’est génial. On fait garder son enfant deux demi-journées par semaine, on perd pas le fil et dans 3 ans on n’est pas quelqu’un qui a subi du chômage de longue durée. Mais on est quelqu’un qui tout le temps, à plus ou moins à garder un pied dans le truc, et c’est beaucoup plus facile de revenir là-dedans.
Et il y a un autre initiative qui m’avait vraiment frappé, en Allemagne il permettait de répondre à des offres d’emploi par 2 de CV, c’est à dire il y a une annonce emploi à temps plein. Cette entreprise ou association, proposait 2 profils pour couvrir ce poste, donc de facto proposait, je crois, que ça s’appelle s’appelle tandem emploi, que 2 personnes couvrent un besoin. Une personne semaine donc soit le matin l’autre l’après-midi, soit en 3 jours et l’autre 2 jours, ou des mi-temps alternées. Comme ça, ça permet de retrouver une flexibilité et du temps pour soi et pour soi, pour sa famille et de concilier les 2 choses.
On avait un peu creusé, mais en France c’est pas possible. Il y a la loi de travail qui ne le rend pas possible. Et puis surtout, le coût salarié pour l’employeur est beaucoup plus élevé, il faudrait que l’État intervienne pour aider ce type d’emploi parce que une entreprise a intérêt à prendre une personne à temps plein et éventuellement lui faire des heures sup que de prendre 2 personnes.
Il y a une autre initiative, alors ça dépasse un peu le cadre du congé parental, mais qui est vraiment inspirante ? C’est une startup américaine qui s’appelle DEM Project, qui a levé des fonds. Je sais plus le le montant, mais des millions de dollars pour développer une plateforme de mise en relation entre des besoins des entreprises et les compétences professionnelles des mamans. Et ça, ça permet en fait, c’est une espèce de Linkedin qui met en relation employeur et maman qui souhaite se remettre en jeu après avoir pris le temps de faire grandir leurs enfants.
Et c’est génial de voir comment cette idée, très simple, a pu donner vie à une entreprise et créer de la valeur et de l’emploi.

(MARIE)
Je te remercie pour tous ces éclairages. Et puis, d’avoir porté à notre connaissance ces initiatives internationales. Effectivement, je mettrai tous les liens, toutes les références dans les notes de l’épisode et sur l’article de blog. Pour terminer, je te propose de passer aux questions de conclusion traditionnelles de l’épisode si je te demande de nous raconter le meilleur moment de ta vie de maman bosse, à quoi tu penses ?

(IRENE)
Alors je pense au jury pour l’incubation en entrepreneuriat social dont a pu bénéficier Superum Le Lab.C’était un moment très intense. Ce jury se déroulait exactement entre mon 9e mois de grossesse, mon accouchement et les premières semaines de de ma fille en plusieurs étapes.
C’est à dire qu’il y avait un premier entretien, puis il y avait une phase de sélection à Lyon et puis un grand oral ici, à Grenoble.. Alors au premier entretien, j’y suis allée enceinte de 9 mois. Au 2e entretien, je ne pouvais pas y aller parce que c’était exactement le jour de mon terme. Mais comme on a un collectif, d’autres mamans ont pris la relève et elles y sont allées et on avait préparé le dossier ensemble. Déjà, le fait de déposer ce dossier de candidature, je pense que ça a dû bien représenté aller 10h00 de travail, mais je ne les ai pas faites-moi, j’avais un enfant de même pas 2 ans à côté de ma grossesse. On s’est distribué le travail et chaque maman a fait à peu près 1h de travail. On a fait 1h de travail à 10, ça fait 10 heures de travail. C’est la nouvelle façon de travailler, c’est une façon très très intéressante de travailler ensemble et de s’entraider. Et et ça, c’était vraiment un un moment trés touchant. Et après pour le grand oral, ma fille venait de naître. Je sais plus précisément peut être qu’elle avait quelques jours, quelques semaines mais en tout cas elle était toute petite, dans le porte bébé.
Et donc ça aussi, c’était un meilleur moment, donc je prends la parole, vraiment. Elle a senti un peu mon émotion comme j’étais là, c’est moi qui portait le projet, mais il y avait d’autres mamans du collectif dans la pièce. Donc bien sûr, ma fille a commencé à pleurer quand j’ai dit Bonjour et bon grands moments de panique, mais c’était pas du tout un moment de solitude parce que les autres mamans sont venues à côté de moi, elles ont pris ma petite, elles ont bercé, calmé, sortie de de la pièce. Mais il y avait une vitre et donc je voyais très bien qu’elle était en bonne main et ai gardé et et et ça m’a permis de compléter mon grand oral et c’est c’était un succès parce qu’on a eu, donc on a gagné l’année d’incubation dans cet incubateur en entrepreneuriat social qui s’appelle Ronalpia, qui est une réalité ici locale.

(MARIE)
À l’inverse, si je te demande de me raconter ton pire moment dans ta vie de maman, bosse à quoi tu penses ?

(IRENE)
Dans le meilleur moment j’ai complètement affirmé ma maternité et dans mon pire moment, c’est un jour où j’ai voulu cacher le fait d’être devenue maman. Quand je venais d’arriver à Grenoble, j’avais vu passer une offre d’emploi et donc j’ai pris un rendez-vous pour une espèce de d’entretien RH et je me dis allez 14h c’était le moment ou mon fils en général dormait, mais pour un bébé de 2 mois le en général ça n’existe pas ça !
Il avait pas de règles, je l’allaitais, il était complètement à la demande et j’ai, pourquoi j’ai imaginé qu’on pouvait donner un entretien professionnel, un entretien RH, pouvoir compter sur la sieste de son bébé, ça, je ne sais pas, hein. Il dormait à côté de moi et dès que la personne, la RH, a commencé à se présenter et il a commencé à hurler. Et là elle me dit, mais qu’est-ce qui se passe, il y a un bébé dans la pièce ?
J’ai dit oui, désolée, je dois mettre fin à notre entretien. Il y a effectivement je vous ai pas dit, je suis devenue maman, j’ai un bébé de 2 mois, je suis en congé maternité et là je je peux pas continuer cet entretien voilà et c’était là oui, un grand moment de solitude. J’ai mis fin à la conversation, je me suis occupé de mon enfant mais avec une double culpabilité. Tu vois ce sens vraiment dans lequel le monde du travail et la parentalité à ce moment-là n’ont jamais été plus loin. Je me suis sentie coupable vis-à-vis de mon fils pour l’avoir un peu mise de côté, pour avoir espéré, je sais même pas quoi avec cet entretien en fait, parce que j’ai cherché pas forcément à reprendre ke travail à ce moment-là et et puis coupable, envers mon moi, professionnel parce que je me suis dis, c’est pas professionnel de faire quelque chose comme ça, enfin. Ça, c’était vraiment la honte, quoi, la totale.

(MARIE)
Et pour terminer, si tu devais donner un conseil à la jeune femme que tu étais en début de carrière, ce serait quoi ?

(IRENE)
De dormir plus ! Parce que après avec les enfants… Avec les autres maman, on a des blagues comme ça, mais on dit que le sommeil et le temps sont nos 2 ressources les plus chers après nos enfants. Voilà, non blague à part je lui dirai de ne pas se taire face à des remarques désagréables, stigmatisant la maternité auxquelles j’ai pu assister en entreprise. On n’y croit pas si on les entend pas, mais croyez-moi, j’ai entendu à la machine à café, “Ah bon, elle est encore enceinte celle-là ? Et pourtant, je pensais qu’elle aimait bien son job, hein. “ – “ Ah bah elle fait un 3e bah dis-donc, avec un chef pareil, je ferai moi aussi un 3e. “.
Enfin, comme si on faisait des enfants pour s’absenter du travail.
Et puis aussi, j’ai souvent critiqué des collègues qui sortaient à 18h précises, alors que moi, je vais rester jusqu’à beaucoup plus longtemps dans l’entreprise et maintenant, je les comprends très bien. Mais j’aurais jamais dû juger. Un conseil, c’est de ne pas juger la vie des autres, notamment des mamans, et de dormir plus.

CONCLUSION
Je suis très heureuse d’avoir pu porter à votre connaissance l’initiative d’Irene car je suis convaincue que c’est ce type de projet qui permet de changer le regard de notre société sur les femmes qui se consacrent un temps à leurs enfants.

Pourquoi les femmes qui font le choix de s’arrêter de travailler quelques mois ou quelques années pour se consacrer à leur famille sont pénalisées à leur retour ? 
Pourquoi ce temps de pause dans une carrière est bien souvent assimilé à du chômage longue durée ? 
 

Irene à toujours voulu des enfants, et les voir grandir dans un environnement stable et sécurisant. C’est même ce qui l’a fait renoncer à se diriger vers une carrière dans la diplomatie, qui aurait impliqué une enfance trop ballotée pour être sereine.

A l’arrivée de son 1er puis de son second bébé, à 22 mois d’intervalle, c’est aussi cette priorité donnée à son rôle de maman qui l’a conduite à prolonger son congé mat’ avec un congé parental. Avant d’être mère, cette spécialiste en communication interne, véritable working girl parisienne, menait une vie à 100 à l’heure. Et c’est quand elle se retrouve maman au foyer à Grenoble qu’elle découvre que le monde du travail et la parentalité ne font pas bon ménage et fini par se sentir frustrée de cette absence d’activité pro.

C’est en discutant avec d’autres mamans, comme elle en congé maternité ou parental, qu’elle s’est rendu compte que beaucoup partageaient ce sentiment de manque, après avoir choisi de mettre en suspens une carrière souvent brillante. De ces échange est née l’idée, puis la concrétisation, d’une association destinée aux mamans en « pause parentale » pour leur permettre de s’impliquer dans des projets, et de valoriser cette période en vue de faciliter le retour à la vie professionnelle. 

Convaincue que les compétences acquises et développées pendant le congé parental ne sont pas des freins mais plutôt des leviers de performance professionnelle, Irene décide de faire évoluer la vision de la parentalité dans la société.  C’est ainsi qu’elle fonde le collectif d’entraide et de partage qu’elle lance « SuperMums Le Lab« .

Le conseil d’Irene

« Ne pas juger la vie des autres, notamment des mamans. Et dormir plus ! »

Ton pire moment dans ta vie de Maman Bosse

« Le jour où j’ai voulu cacher ma maternité lors d’un entretien RH. »

Ton meilleur moment de ta vie de Maman Bosse

« Le jour du grand oral devant le jury pour l’incubateur en entrepreneuriat social, avec ma fille de quelques jours seulement. »

Références de l’épisode

  • Vidéo de la maman espagnole qui reprends une vie professionnelle après une longue pause pour élever ses enfants, la prise de conscience que les « soft skills » utilisées et développées pendant cette « pause » peuvent être valorisées en milieu professionnel : https://youtu.be/puxGLILZhNM

     

  • La startup italienne « Maternity as a master » pionnière dans la valorisation des jeunes parents en entreprise et des compétences acquises pendant les congés liés à la parentalité (via un parcours de formation dédié à la prise de conscience) : https://youtu.be/-h4hnrYzzYU

     

  • The Mom Project : « We’re unlocking the potential of moms in the workforce » : la startup américaine qui a crée un réseau dédié aux mamans et qui a levé 2 fois des millions de dollars pour se développer : https://themomproject.com/ 

Deux articles sur cette startup : 

https://techcrunch.com/2018/12/17/the-mom-project-a-job-site-for-moms-returning-to-work-nabs-8m-from-initialized-and-more/

https://www.wsj.com/articles/the-mom-project-a-job-board-for-mothers-gets-80-million-to-grow-11633518001 

  • Tandemploy : expérience allemande de mise en relation entre 2 candidats et 1 poste : https://www.tandemploy.com/en/movement/
    « a vision: We wanted to make a very pragmatic and concrete contribution to making our working environment a more flexible, cooperative and livable place; to make work fit into people’s lives – and not the other way around ».

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